Vent du nord

CATMAT / 30.08.2024

Le Jas Bouscarle

 

Le froid s'était déposé après les chaleurs odorantes de l'été
Le mistral fumait le narguilé et soufflait sa vapeur glacée contre les pierres sèches de la vieille bergerie

Sous les corps, la paille était rêche à la joue mais chaude à la chair transis, un homme et une femme, blottis
Si jeunes encore et le ventre arrondi, déjà, de la demoiselle endormie
Serrés l'un contre l'autre pour l'amour et la chaleur animale

La saison des lavandes était loin mais les allemands, toujours, sillonnaient la montagne

Mon père dormait d'un seul oeil et veillait de l'autre, tremblant, songeant à la cargaison qu'il faudrait réceptionner la nuit prochaine sur le plateau des Fraches, si la neige ne retombait pas trop fort

Dehors, le manteau blanc était traître aux traces de pas trop faciles à repérer

Moitié rêvant, moitié vibrant, il organisait déjà la répartition des vivres entre les différents groupes de résistants
Le sifflement du vent rythmait sa demi-veille et ses pensées

Planifier soigneusement pour éviter de songer au bruit des bottes, et sentir sous la main les mouvements fluides de la vie qui viendra au printemps

Ne pas songer à où, ni comment



Bergerie de pierre seche Jas Bouscarle Plateau de Redortiers Alpes de Haute Provence Photo CatMat

Jas Bouscarle, bergerie de pierre sèche, plateau de Redortiers
Alpes de Haute Provence (Photo CatMat)