Sans repères

CATMAT / 21.10.2023


Le grand désordre

 

Perchée sur un tabouret branlant, je balance entre sourire et détresse, espérant que l’orage assassin qui a obscurci mon horizon ne fera pas trop bouger les lignes de ma destinée
Ni l’équilibre de mon trépied !

Je crois que le désespoir qui s’est répandu, virus de toutes les ruelles de la cité affligée

Je ne rechercherai pas Dieu sur son perchoir mais plutôt l’espoir d’un livre, d’un poème qui dispersera un peu la brume épaisse qui nous étouffe
A l’esbroufe, quelques fleurs surnagent entre les pavés lourds de ce marasme

Le monde tel qu’il se donne aujourd’hui défit la connaissance de la vraie réalité de l’humanité et installe un brouet de mensonges et de violences lourd de conséquences sur les peuples du monde

Des abus de pouvoir nous frappent sans relâche comme des chats à neuf queues cinglant notre minimum vital

Chaque note discordante installe une musique crissante submergeant la notion même de culture en vagues dissonantes

La politique polie dans le sens du poil ceux qui sont situés sur les sommets des montagnes qui nous ensevelissent, étalant leur abondance sur les tartines de nos abstinences pour leur petit déjeuner

Ils en ont déjà tellement plein les poches qu’elles débordent entre les quatre murs fortifiés de leurs citadelles dorées
Ils ne songent même pas à l’avenir de leurs propres poussins, avenir d’une planète qui se délite sans espoir

Nous avons, nous, la politesse du pauvre
Celle qui ouvre les mains de ceux qui n’ont rien et qui regarde grandir l’indifférence de bien trop de prochain

Boire un café pour essayer de se réveiller de ce monde qui trébuche à califourchon entre suprême richesse et survie primaire

La disparition des espèces ne guette pas les moutons qui moutonnent en suivant les queues qui les mènent à l’abattoir
Ils savourent délicieusement leur inconscience du bourreau ou, plus surement, pensent que leur obéissance seule leur épargnera le couperet fatal

Il nous reste l’amitié qui surnage en bouée de sauvetage, bonté non dévoyée
Il flotte encore parfois des larmes de joie dans les interstices du système social, un peu de chaleur entre humains survivants au milieu des rapaces et des robots

Les graines d’espoir essaimées ont du mal à pousser entre les obus pendant que la télé machouille les cerveaux… ou ce qu’il en reste
Les perles rutilantes de vide s’enfilent à longueur d’antenne

Il s’agit de ne plus ressentir ni, surtout, penser mais de consommer avidement et de crever en toute beauté (impératif cosmétique oblige !)

Combien d’entre nous sont déjà statufiés, pierres froides et sans âme, roides et sans larme ?

Il y a les textes de lois 49.3 sans plus même un sous-texte, prétexte à nous rouler encore davantage dans la farine avant de nous faire frire en nous volant nos votes, en nous volant nos voix

Disponible et corvéable à merci sans merci
Il s’agit d’étouffer notre rage nuance vert planète, rouge sang et noire de deuils

Les frontières des possibles se resserrent méchamment et effacent les couleurs de notre éclair de vie terrestre, terre paradis en perdition
La seule vertu encensée est la valeur marchande et la veulerie des petits chefs

Nos enfants grandissent entre l’enclume et le marteau, conscients bien trop tôt de la fragilité de leur avenir sans azur
Mais l’espoir des jeunes pousses est tenace et terrasse la béance de leurs fêlures

Houba, houba !
Cri de basculement de liane en liane au-dessus des ombres, lunettes de pirate en bandoulière pour mieux observer l’ennemi qui agite la grande marmite, sale cuisine empoisonnée

Nos enfants :
Il leur faut trier dans tous ces détritus pour en extirper le compost nécessaire à leur floraison sans reddition

Il leur faut couper les barreaux de l’échelle sociale pour en faire des barricades ou un grand feu de joie
Il leur faut partir en chanson à l’assaut de leurs propres montagnes

La perte de repère ne se discute même plus
Il s’agit de rebondir et de sauter plus haut que la fange qu’ils nous imposent, leurs caprices et leurs sévices

A la table de l’humanité, il va bien falloir désinviter les puissants et créer une nouvelle danse
Bouleverser les règles à taper sur nos doigts qui s’élèvent, saboter leurs assises et regarder couler les devises
Remettre au goût du jour la résistance et troquer la camomille contre du vitriol
Un cri collectif comme une musique, des papiers de mots fous qui écrivent une nouvelle suite à l’histoire

Arracher le poil dans la main de ceux qui regardent la poutre et la bourse dans l’œil du voisin au lieu de serrer et de lever le poing
Faute de bouger, on meurt

Prendre un plaisir maniaque à arracher les dernières plumes des poulets trop gras et s’abandonner enfin au délice du soleil sur sa peau, au plaisir chaud et sucré d’être redevenu libre