Tout va, tout va bien
"Tout va, tout va bien
Dis le capitaine du Titanic
Les glaciers ont fondus et la mer monte
Nous glissons sans frissons vers les rivages d'un avenir radieux
Sans radiations de déchets nucléaires
Sans variation de température excessive
Pas d'esquive pour nos lendemains qui chantent
Tout va, tout va bien
Un ciel serein se profile
Nul ne se défile sur la route du progrès économique
A chacun sa tactique pour que s'empilent billets et bonne fortune
Ça serait plus facile pour ceux qui ont déjà hérité de la lune au berceau ?
L'égalité des chances ma très chère
L'égalité des chances...
Chacun creuse son chemin
Pourquoi tendre la main aux crèves la faim qui lambine sur le terrain ?
Un cul de jatte sans béquilles n'est qu'un maladroit sans esprit d'initiative
L'égalité des chances, te dis-je !
République du mérite
Comment ça certains s'agitent en bas de marches bien plus abruptes ?
Faut pas me prendre pour une brute
Viens pas pleurer si tu trébuches
Fallait pas être si cruche
T'as laissé blancs tes cahiers d'écolières
Arrête de parler des ornières des laisser-pour-comptes
Qu'importe que ton père se soit enfui et que ta mère ne sache pas lire
Ou que les grands cours de soutien scolaire étaient bien trop chers pour une femme de ménage
Fallait plancher et pas gémir ton amertume vautrée au ras du bitume
L'égalité des chances c'est pour tout le monde
Suffit de traverser la route
Les barbares aux abords des cités sont emplis d'envies, de colère et de doutes
Bande de tire-au-flan de territoires en déroute
Comment ça si j'ai lu Les Misérables ?
Faites-moi sortir cette petite minable
Il faut savoir faire place nette à notre table des gens importants
Et briser les mécontents
Je vous le dis
Tout va, tout va très bien dans notre meilleur des mondes où la terre est bien ronde
Et la sélection naturelle même si elle te semble cruelle
Les glaciers ont fondus et la mer monte
Nous glissons sans frissons vers les rivages d'un avenir radieux
Tout va, tout va très bien "
Je suis morte à l'aube d'un matin de chagrin
Froissant entre mes doigts les plumes de la colombe succombant à mes côtés
La terre a ripé, engrenage rouillé par le sang séché des assassinés
Il y a sous nos pas des milliards de cadavres
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